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Dossiers

2.2 Les drogues : Qu'est-ce que c'est ?

« Know your enemy » (Rage against the Machine)

Le Petit Robert dit ceci  : « [...] Ingrédient, matière première employée pour les préparations médicamenteuses confectionnées en officine de pharmacie. […] Par extension, les médicaments eux-mêmes. V. Remèdes. […] Chose mauvaise à absorber. […] Stupéfiant. […]. »

La définition de ce dictionnaire nous renvoie à la définition du terme stupéfiant.
Stupéfiant, ante  : «  […]. Qui stupéfie […]. Toute substance toxique agissant sur le système nerveux, soit comme narcotique, soit comme euphorisant, et dont l’usage abusif provoque des perturbations graves, physiques et mentales, et un état de dépendance et d’accoutumance. V. Pharmacodépendance, toxicomanie. L’opium et ses dérivés, la cocaïne, le chanvre indien sont des stupéfiants. V. Haschisch, marijuana, narcotique. Trafic de stupéfiants. « Le tabac, ce stupéfiant » (Goncourt). […]. »
Voici donc les définitions principalement intéressantes du dictionnaire. En (re-)découvrant la définition du terme « drogue », nous pouvons déduire que la médecine et la Science ont participé grandement à la découverte de ces substances dites stupéfiantes.
Un petit retour dans le passé s’impose donc pour découvrir d’où peut bien provenir cet usage abusif et intempestif de produits toxicogènes que nous connaissons de plus en plus dans nos sociétés modernes.

Voici un petit recueil de données historiques qui vont permettre d’avoir une meilleure vision de ce qu’ont été les drogues et les produits stupéfiants au long d’une partie connue de l’histoire de l’humanité.

  • Un papyrus rédigé à Thèbes au XVIème siècle avant J.-C., sous le règne d’Aménophis 1 er, pharaon d’Egypte, mentionne l’opium parmi les drogues de la pharmacopée méditerranéenne. Morphée, dit la Mythologie grecque, secouait chaque soir ses pavots sur les mortels, et, le temps d’une nuit de songe, les arrachait à leur misérable condition.
  • L’histoire du chanvre (cannabis sativa) débute avec l’empereur chinois Shen-Nung (2737 avant J.-C.) qui décrit dans sa pharmacopée les propriétés de la plante. Les propriétés enivrantes du chanvre et de sa résine (haschisch) cultivé sur les plateaux de l’Inde, étaient utilisées pour provoquer l’exaltation dionysiaque lors des cérémonies religieuses.
  • Le premier cas connu de cocaïnomanie remonte à 600 ans après J.-C. Beaucoup plus tard, Freud, qui travaillait en 1884 dans un service de neurologie expérimentait la cocaïne comme anesthésique. Son confrère Carl Koller mit en évidence les propriétés de la substance pour anesthésier les yeux. L’anesthésie locale était née : ophtalmologistes, O.R.L., dentistes et chirurgiens s’emparèrent du produit. Des accidents arrivèrent bientôt. Aujourd’hui, la chimie permet de remplacer la cocaïne par ses succédanés ayant les mêmes propriétés anesthésiques sans en avoir la toxicité ni les phénomènes toxicomanogènes : la novocaïne et la lidocaïne sont les plus connus.
  • Dix siècles avant notre ère, des champignons aux propriétés étranges faisaient l’objet d’un véritable culte chez les Mayas.
  • La morphine est découverte en 1806 par un chimiste des armées de Napoléon : Seguin. Les Allemands s’en servent comme analgésique puissant dans les infirmeries militaires, pendant le guerre de 1870. La paix revenue, la morphine fut prescrite pour soigner différents petits maux de la vie quotidienne. Les premiers cas de morphinomanie sont décrits en 1871. Devant la gravité de la situation, Dresse met au point une substance en 1898 capable de soigner la morphinodépendance. Cette substance « dépourvue de propriété d’accoutumance, d’une manipulation très aisée, et par-dessus tout la seule capable de guérir très rapidement les morphinomanes » est expérimentée à l’Université de Berlin et dans la polyclinique Bayer. Le produit montre une activité remarquable sur les voies respiratoires et les chercheurs pensent un moment avoir découvert le médicament miracle contre la tuberculose. « Heroisch », en allemand caractérise le remède puissant et efficace. L’héroïne entre alors dans l’arsenal thérapeutique. Quelques années plus tard, des médecins français (Morel-Lavallée et Sollier) se rendent compte que l’héroïne provoque une toxicomanie plus puissante que la morphine.
  • Le tabac a été fumé en premier lieu par les Amérindiens pendant des siècles. En 1556, André Thévet le rapporte en Europe et le cultive près d'Angoulême, mais c'est à Jean Nicot, diplomate français au Portugal, qu'il doit d'être popularisé par son introduction à la cour de France. La première illustration botanique du tabac est donnée par Nicolas Monardes en 1571.
    La culture du tabac assure la fortune et l'expansion de plusieurs colonies du sud-est des États-Unis (Maryland, Virginie...), au cours du XVII e siècle.
    Appelé nicotiane en l'honneur de son découvreur, le tabac rencontra un grand succès à la cour de France, où on lui prêta des vertus thérapeutiques. Toutefois, le tabac fut interdit en Angleterre, dans les pays musulmans, et en Russie où l'on risquait la peine de mort en cas de consommation.
    Le Cardinal de Richelieu instaura une taxe sur le tabac, et Jean-Baptiste Colbert établit un monopole d'État des ventes en 1674. L'usage du tabac se popularisa, et devint la marque du raffinement bourgeois. La cigarette est introduite en France en 1825.
  • Pourquoi avoir inventé le crack ? La cocaïne normale ne peut pas être fumée. Certains trouvaient que priser une drogue n’était pas aussi agréable que la fumer. Aussi, les « barons de la drogue » et leurs satellites, soucieux de l’extension de leur marché, se sont-ils mis à la recherche d’une cocaïne fumable. Finalement, on mit au point un procédé permettant de transformer la cocaïne et de la rendre fumable : le crack était né.
  • Quelques anecdotes sur des personnalités célèbres au cours de l’histoire : Marc Aurèle est l’un des premier toxicomanes de l’opium connu. L’habitude de prendre des médecines opiacées a engendré quelques toxicomanies comme chez Ronsard ou Richelieu. Théophile Gautier, Baudelaire, Delacroix, Alexandre Dumas père, … étaient membres du Club des Haschischins consommant entre autres de la confiture de cannabis. Parmi les cocaïnomanes célèbres, citons le Reichmarchall Hermann Göring qui assistait bourré de cocaïne aux manifestations officielles du parti nazi au côté d’Hitler. Plus près de nous encore, Jim Morrison, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Bob Marley ou encore Kurt Cobain dont la mort prématurée est certainement au moins en partie imputable à leur consommation immodérée de produits stupéfiants.

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